Dana Kovaříková : „Motivovat mladé ženy k práci v diplomacii je jeden z cílů naší akademie“

Rozhovor ředitelky Diplomatické akademie MZV Dany Kovaříkové pro Český rozhlas (Radio Prague International) ve francouzštině

Foto: Alexis Rosenzweig, Radio Prague Int.

Dana Kovaříková : « Motiver les jeunes femmes à devenir diplomate est un des buts de notre académie »

Entretien avec la directrice de l’Académie diplomatique, nouvelle institution du ministère tchèque des Affaires étrangères, fondée il y a quelques mois. 


Dana Kovaříková : « On se trouve au palais Trauttmannsdorff, un des bâtiments du ministère des Affaires étrangères tchèque, qui se trouve dans le quartier Hradčany, tout près du château de Prague, dans la rue Loretanská. Et on est au siège de l’académie diplomatique du ministère des Affaires étrangères. »

Avec la vue sur le Château de Prague, juste derrière nous… c’est le siège de cette académie du ministère des Affaires étrangères depuis quelques mois seulement…

« On est en effet une nouvelle organisation, qui quand même fait suite à une tradition de l’éducation en diplomatie existant ici depuis 30 ans sous des formes différentes. Maintenant, l’idée est venue de créer une organisation indépendante au niveau légal et administratif, depuis l’année passée. Cela fait plus ou moins un an qu’on fonctionne. On a quand même passé un certain temps à créer l’organisation au niveau légal, juridique, administratif et financier. »

« La philosophie derrière, c’était de faire la différence au niveau de la substance, du contenu de l’éducation. Cette idée, en quelques mots, c’est surtout l’idée d’ouverture. C’est-à-dire qu’en tant que nouvelle organisation, on devrait être capable d’élargir le spectre de nos activités et aussi d’élargir le spectre de notre clientèle. »

C’est-à-dire ?

« Le pays n’est pas représenté à l’étranger seulement par les diplomates. Il y a d’autres institutions, notamment dans le secteur public. Donc, l’idée est que la nouvelle académie diplomatique fournisse des programmes pédagogiques également aux autres secteurs, aux autres ministères, aux municipalités, aux régions, aux collègues du Parlement, etc. Partout, il y a une sorte de demande pour un soutien en ce qui concerne ce savoir-faire, qui, jusqu’à maintenant, était plutôt enfermée dans le mur du palais de Cernin, le siège du ministère des Affaires étrangères. »

Comment êtes-vous devenue diplomate vous-même ?

« Mon parcours est assez différent du parcours diplomatique tchèque typique. Moi, j’ai passé ma carrière professionnelle entièrement dans les institutions européennes. J’ai travaillé plus de 20 ans pour la Commission européenne, d’abord à Bruxelles, où j’ai travaillé dans plusieurs départements, la DG Presse Communication, le secrétariat général. Là-bas, j’ai travaillé comme coordonnatrice de la législation dans plusieurs domaines, énergie, transport, protection des consommateurs. J’ai aussi travaillé dans une petite équipe qui préparait les briefings pour le président de la Commission. À cette époque-là, c’était José Manuel Barroso. J’ai aussi travaillé à la DG Connect, qui travaille sur l’agenda digital. Et puis, je suis venue ici à Prague, et j’ai été cheffe de la représentation de la Commission européenne en République tchèque. Donc, c’est-à-dire que ça, c’était mon expérience de ‘diplomate’, à la tête d’une organisation qui est un peu comme une ambassade, même si le profil n’est pas tout à fait même. Et puis aussi, pendant deux occasions, je faisais partie de l’équipe du ministre des Affaires européennes pendant les deux présidences tchèques du Conseil de l’Union européenne, en 2009 et en 2022. »

Est-ce qu’il y a une évolution notable ou non, ces dernières années, de la position des femmes dans la diplomatie, selon votre expérience ?

« Oui, il y a une évolution, je crois, pendant la dernière décennie notamment. Ceci dit, je dois dire que quand même, il manque toujours des femmes dans la haute fonction publique en République tchèque. Ça se voit partout. En arrivant ici, au ministère des Affaires étrangères, je vois quand même une sorte de changement. Déjà, quand vous regardez la structure du ministère, vous voyez qu’au niveau des directeurs généraux, il y a quatre directrices, contre trois hommes, trois directeurs. Au niveau des chefs de département, cela change aussi. »

« Les conditions de travail changent aussi pour les femmes diplomates, où les chiffres sont beaucoup moins favorables. On a toujours peu de femmes ambassadrices tchèques. Les conditions de travail qui ont changé dans les dernières années, d’après ce que je comprends, c’est surtout le fait que maintenant, il y a un congé de maternité qui est plus long qu’avant. Maintenant, les collègues diplomates peuvent bénéficier de 14 semaines. Ce qui n’existait pas auparavant est qu’elles peuvent désormais donner naissance à leurs enfants à l’étranger. »

Ça, c’était un vrai signe négatif pour la carrière de diplomate pour les femmes, c’est-à-dire qu’on ne prévoyait pas une grossesse en mission à l’étranger.

«  Avant, lorsqu’une collègue tombait enceinte, elle devait revenir en Tchéquie et donner naissance ici, ce qui n’est pas très pratique pour la famille qui, entre-temps, était déjà établie à l’étranger, donc ça a quand même posé beaucoup de problèmes. Ceci, heureusement, a changé. On peut parler aussi des conditions de télétravail, temps partiel etc., mais bon, je dirais que c’est un ‘work in progress’, parce qu’il y a encore des choses à faire. »

« En revanche, si par exemple, on regarde les collègues tchèques qui réussissent dans les fonctions au sein des institutions européennes, là-bas, on voit que ça marche. Maintenant, on en parle beaucoup dans le pays, à Bruxelles, il y a les nouvelles institutions européennes qui se sont établies et il y a beaucoup de collègues, des collègues tchèques, qui ont réussi à avoir des postes importants, que ce soit au niveau des chefs de cabinet ou chefs de cabinet adjoint, aussi dans les cabinets des autres commissaires européens, ce qui n’était pas le cas avant. Il y a une collègue qui est au cabinet du président du conseil européen, etc. Donc, au niveau des institutions européennes, on voit un progrès. Et la plupart des collègues dont on parle, ce sont des femmes. »

Je crois d’ailleurs que c’est un des buts affichés par cette nouvelle académie diplomatique : former à la participation des appels à candidature pour des postes au sein de l’Union européenne.

« Tout à fait. La raison, c’est que la République tchèque fait partie des pays qui sont, comme on dit, sous-représentés, parce que les institutions européennes visent une représentation géographique équilibrée. Et la Tchéquie est sous-représentée. Donc, nous offrons la formation sous forme de webinaires ou séminaires à tout le monde qui veut faire passer des concours européens, qui sont assez spécialisés, qui sont assez spécifiques. Donc, il y a aussi une question de pratique et c’est pour ça qu’on propose ce genre de formation. Et ceci fait partie d’une stratégie de soutien des Tchèques dans les institutions européennes plus large sur laquelle travaille une équipe plus vaste. C’est coordonné par le bureau de gouvernement. Et même si cette stratégie existe déjà depuis dix ans, je dirais que depuis trois ou quatre ans, je vois un vrai travail de synergie, un vrai travail d’équipe qui commence à donner de bons résultats, à mon avis. »

Est-ce que vous avez eu à faire face vous-même à des obstacles liés à votre genre ?

« Je dois dire que je n’ai pas eu un parcours de diplomate classique. C’est-à-dire que je n’ai pas dû faire face aux obstacles liés au fait que pendant quatre ans, vous vivez quelque part, puis vous déménagez toute la famille, puis vous déménagez encore. Après la fin de mes études, je suis allée directement à Bruxelles, où j’ai vécu quand même plus de 13 ans. J’ai eu mes enfants là-bas. Et puis, j’ai fait le déménagement de la famille seulement une fois. C’était de Bruxelles à Prague. Donc, si on devrait parler des obstacles, je parlerais plutôt de défis. Pour moi, pour quelqu’un qui a consacré sa vie professionnelle à la ‘promotion de l’Europe’, pour moi, le plus grand défi, c’était de… convaincre l’environnement plutôt eurosceptique que l’Europe est une bonne chose pour la Tchéquie. »

Comment faire en sorte, en tant que directrice de l’Académie, de motiver des jeunes femmes à faire une carrière de diplomate aujourd’hui ?

«  C’est ce que nous essayons de faire en allant dans les écoles. Parler avec les étudiants. Je crois que le contact est important… »

Quand vous dites les écoles, ce sont les universités ou même avant, dans les lycées, par exemple ?

« Les deux. Les universités et aussi les lycées. Parce que je crois que déjà, au niveau des lycées, les jeunes gens commencent à réfléchir à la carrière qu’ils vont choisir. Notre but n’est pas, à ce moment-là, de les convaincre, mais plutôt de les inspirer. Donc, on passe beaucoup de temps à parler avec les étudiants. En faisant ceci, on leur présente ce qu’est la carrière en diplomatie. Et vu que j’ai un double chapeau, quand c’est moi, on parle aussi de la carrière dans les institutions européennes. Ça va un peu de pair. »

C’est un signe peut-être anecdotique, mais symbolique : on m’a dit que, lors de la rénovation du grand bâtiment du ministère des Affaires étrangères, il avait fallu installer davantage de toilettes pour femmes. Parce qu’avant, il y avait évidemment beaucoup plus d’hommes. C’est peut-être le début d’un changement un peu plus radical. Est-ce que vous percevez, chez les jeunes femmes qui sont ici, une envie peut-être d’avoir d’autres services qui vont au-delà de ça, notamment des ‘groupes d’enfants’, des prises en charge de petits-enfants dans l’institution ?

« Oui, ça, j’ai oublié de le dire, parce que c’est aussi une évolution récente. Je pense que depuis environ 8 ou 9 ans, il y a un groupe d’enfants ici, dans le même bâtiment où nous sommes, comme une école maternelle. Ça, c’est une évolution très importante parce qu’en général, en Tchéquie, les places dans les écoles maternelles et encore plus dans les garderies pour les tout-petits-enfants sont très limitées. Donc, je crois que ça, c’est très apprécié. Ce qu’il y a aussi, pour les collègues diplomates, est une nouvelle règle interne qui est en train de se préparer, qui prévoit que les diplomates pourront rester à l’étranger jusqu’à 12 ans d’affilée. Ceci permettra pour leurs familles, pour leurs enfants, de faire leur scolarité entière, d’étudier dans le même type d’école où ils ont commencé. Dans les autres pays, mais comme dans le cas des écoles internationales, que ce soit le lycée français, que ce soit d’autres écoles internationales, ils pourraient continuer et enchaîner et terminer leurs études dans le même système de formation. »

Parce qu’il faut préciser que le retour dans le système scolaire tchèque peut être très compliqué puisque les collègues diplomates à l’étranger n’ont pas d’école tchèque où inscrire leurs enfants. Donc, ces enfants vont soit dans les écoles locales, soit dans les écoles internationales. Et ici, ils ont beaucoup de mal à réintégrer un système scolaire tchèque, public en tout cas.

«  Oui, j’entends beaucoup de cas similaires avec ce problème. Et c’est quelque chose que ce règlement interne devrait en partie aider à résoudre. Pour moi, ce n’était pas tout à fait le cas parce que mes enfants sont nés en Belgique, mais étaient encore petits quand on est rentré en Tchéquie, donc ils ont eu leur éducation dans le système tchèque depuis le début. »

Dernière question. Est-ce qu’il y a une institution du même type au sein de pays de l’Union européenne ou plus loin à l’étranger qui peut servir de modèle à l’Académie diplomatique du ministère tchèque des Affaires étrangères? Est-ce que, par exemple, vous, quand vous avez présenté votre candidature à ce poste, vous avez cité certaines institutions en exemple?

«  On a fait une recherche et on constate qu’il n’y a pas vraiment un seul modèle unique de l’Académie diplomatique. Vous avez des pays où une formation dure pendant deux ans. Vous avez des pays où ça peut durer quelques semaines, voire quelques jours le long de votre carrière. Donc, ça peut varier beaucoup. Et nous, on s’est plutôt inspirés au niveau substance plutôt que de la forme. En ce qui concerne la forme, nous continuons pour l’instant de fonctionner plus ou moins de la façon traditionnelle en Tchéquie, c’est-à-dire cinq mois de formation deux fois par an. Mais on a quand même adapté le programme pour que ça plus correspond aux besoins de diplomatie et situations géopolitiques du XXIe siècle. »

Et de votre expérience à Bruxelles et d’autres formations diplomatiques à l’étranger, est-ce qu’il y en a une qui, à vos yeux, est plus efficace dans la motivation des femmes et des jeunes femmes à entrer en diplomatie?

« Je dois dire que les conditions pour les femmes au sein des institutions européennes, parce que j’ai une expérience directe, sont très favorables en ce qui concerne la garde des enfants, les formes flexibles de travail, télétravail, temps partiel, aussi la durée de congé maternité, congé parental. Donc là, je pense que le système est vraiment fait pour que les femmes puissent faire une carrière et ne pas devoir faire de compromis sur la vie familiale. Pour ça, je pense que ça pourrait servir comme un modèle. Pour revenir au ministère des Affaires étrangères, j’ai oublié encore de dire qu’il y a maintenant une possibilité de congé parental aussi pour le conjoint, quand les collègues diplomates sont à l’étranger. Donc ça, c’est quelque chose aussi qui doit être pris en compte. Mais pour moi, oui, les institutions européennes sont vraiment loin dans le domaine. »